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Endométriose : les nouvelles avancées pour améliorer le diagnostic
le 05/01/2026
L'endométriose touche une femme sur dix en France1. Pourtant, il faut encore sept ans en moyenne pour poser le diagnostic. Dans ce contexte, le Gouvernement a lancé une vaste expérimentation nationale d'un test salivaire innovant : Endotest®. L'Hôpital Privé d'Antony fait partie des centres participants. Au-delà du diagnostic, l'établissement a développé un hôpital de jour multidisciplinaire pour améliorer la prise en charge globale des patientes. Le Dr Patrick Aristizabal, chirurgien gynécologue, détaille ces avancées.
L'errance diagnostique de l'endométriose représente un enjeu majeur de santé publique, avec des conséquences importantes sur la qualité de vie des femmes concernées. À l'Hôpital Privé d'Antony (Ramsay Santé), le Dr Patrick Aristizabal, chirurgien gynécologue spécialisé dans cette pathologie, détaille les innovations qui transforment le parcours des patientes : du test salivaire Endotest® à la chirurgie robotique, en passant par un hôpital de jour pensé pour offrir un accompagnement global et personnalisé.
Malgré une meilleure connaissance de l'endométriose, le diagnostic prend encore en moyenne sept ans. Qu'est-ce qui explique ce délai ? 2
Plusieurs facteurs se cumulent. D'abord, il faut que les patientes rencontrent des soignants formés, capables de poser le diagnostic. Si beaucoup de formations ont été déployées dans les universités pour les médecins généralistes, les sage-femmes et les gynécologues obstétriciens, cela prend du temps pour que cette expertise se diffuse plus largement.
L'imagerie constitue un autre pilier essentiel. Les radiologues font des efforts considérables pour se former et transmettre leur savoir. L'objectif est que le diagnostic de qualité ne reste pas l'apanage des centres experts. Être capable de réaliser une échographie pelvienne de qualité et d'interpréter correctement une IRM fait une grande différence.
La connaissance de cette maladie doit aussi circuler dans toute la population : établissements scolaires, familles, milieu professionnel. L'entourage joue souvent un rôle déclencheur dans la prise de conscience des patientes.
Pour arriver au diagnostic précoce, il n'y a pas de formule miracle. C'est un travail de fond, de la connaissance, d'expérience. Plus on formera les soignants dès leur début de carrière, plus les patientes auront en face d'elles des professionnels qui comprennent vraiment les enjeux. Cela suppose également une mise à jour régulière des connaissances sur l'endométriose car ces dernières évoluent constamment.
À l'Hôpital Privé d'Antony, vous avez mis en place un hôpital de jour dédié à l'endométriose. Comment se déroule le parcours de soins ?
Nous accueillons quatre patientes deux jeudis sur trois. Ces patientes ont déjà un diagnostic posé et viennent pour bénéficier d'une prise en charge globale. Le parcours commence par une IRM pelvienne (sauf si elles en ont une récente). Elles rencontrent ensuite en groupe l'infirmière en charge de la gestion de la douleur. C'est un moment clé de la journée : les patientes peuvent se confier, partager, échanger avec d'autres femmes qui vivent la même chose. Les patientes ont entre 18 et 55 ans et des parcours très variés. Cette diversité d'expériences nourrit les échanges et aide chacune d’elle à mettre en perspective son propre vécu.
Le parcours se poursuit avec une diététicienne spécialisée dans l'endométriose. Nous les conseillons dans un cadre structuré, avec une professionnelle qui connaît la pathologie. Elles voient ensuite une sage-femme sophrologue pour apprendre des méthodes de relaxation et gérer les crises douloureuses.
Je les reçois en fin de matinée pour la synthèse. Nous analysons l'imagerie, évaluons leur situation selon leur âge, leurs projets, l'intensité de leurs douleurs. Nous établissons ensemble un projet de soins personnalisé : indication chirurgicale, aide médicale à la procréation, ou traitement médical. L'objectif est de leur donner une vue globale et des outils concrets pour mieux vivre avec la maladie, tout en identifiant un lieu où revenir si nécessaire.
Endotest®, une révolution diagnostique en marche
Endotest® est un test salivaire innovant développé par la société française Ziwig. Basé sur le séquençage de nouvelle génération et l'intelligence artificielle, il identifie des micro-ARN présents dans la salive pour diagnostiquer l'endométriose.3
Les résultats de l'étude de validation externe ENDOmiRNA, publiés dans NEJM Evidence en octobre 2025, établissent une précision diagnostique exceptionnelle de 96,6 %4.
Depuis le 11 février 2025, Endotest® est pris en charge dans le cadre du forfait innovation pour trois ans, permettant à 25 000 femmes âgées de 18 à 43 ans d'en bénéficier en deuxième intention, lorsque l'imagerie est normale ou équivoque malgré des symptômes évocateurs.
L'expérimentation nationale EndoBest évalue actuellement les changements décisionnels liés à Endotest® et déterminera la généralisation du remboursement. Déployée dans 100 hôpitaux et centres en France en 2025, cette innovation s'inscrit dans la Stratégie nationale de lutte contre l'endométriose lancée en 2022 par le gouvernement.
Endotest représente une avancée importante dans le diagnostic de l'endométriose. Comment ce test fonctionne-t-il concrètement et quelles patientes peuvent en bénéficier ?
Endotest® s'adresse aux patientes entre 18 et 43 ans qui présentent des symptômes très évocateurs d'endométriose, mais dont l'imagerie reste normale ou peu concluante. L'erreur trop souvent commise par le passé était de dire : « Votre IRM est normale, vous n'avez pas d'endométriose ». Or parfois ces patientes reconsultent plusieurs années après avec des lésions devenues visibles : la maladie a progressé faute de prise en charge. Le test repose sur un recueil salivaire simple et non invasif. L'échantillon est envoyé au laboratoire Ziwig et le résultat est disponible sous trois semaines.
Les différents experts s'accordent à dire qu'Endotest® permettra le diagnostic précoce chez des patientes qui ont des imageries normales, là où nous sommes aujourd'hui en difficulté. Le test aidera aussi à éviter le surdiagnostic. On en parle peu, mais les radiologues constatent un afflux de jeunes femmes entre 15 et 25 ans qui viennent faire des IRM. Interpréter ces imageries n'est pas simple, notamment pour les lésions des ligaments utéro-sacrés, physiologiquement plus épais chez les jeunes femmes. Distinguer ce qui est physiologique de ce qui est pathologique reste difficile. Avec le test salivaire, nous pourrons plus facilement savoir. Le test permettra également de réorienter certaines patientes étiquetées endométriose peut-être à tort vers la bonne pathologie : fibromyalgie, maladie inflammatoire de l'intestin, troubles digestifs fonctionnels, etc. Cela évitera l'errance diagnostique en axant les recherches sur d'autres causes.
Enfin, ce test constituera un support concret pour proposer un traitement, notamment chez les femmes très jeunes. Beaucoup de parents accueillent difficilement la proposition d'un traitement hormonal telle que la pilule, par crainte des effets secondaires et en raison des tabous autour des moyens de contraception. Avec un diagnostic à l’appui, nous pourrons mieux faire accepter aux familles que ce qui se joue sur la qualité de vie de leur fille.
L'expérimentation nationale EndoBest a déjà franchi les 2 500 inclusions, première étape cruciale atteinte en avance. L'objectif final est d'atteindre 25 000 inclusions pour décider de la généralisation du remboursement du test. À l'Hôpital Privé d'Antony, nous commençerons à inclure des patientes le 15 janvier prochain.
Au-delà d'Endotest®, quelles autres avancées vous semblent prometteuses pour améliorer la prise en charge de l'endométriose ?
La chirurgie robotique a radicalement changé la donne ces cinq dernières années en France. Avec cet outil, nous réalisons une chirurgie plus fine, plus précise, de meilleure qualité, avec moins de complications et une meilleure convalescence. Au démarrage, certains considéraient la chirurgie robotique comme un simple gadget pour chirurgiens moins expérimentés en cœlioscopie classique. Cette perception s'est rapidement révélée erronée. Après quatre ans de pratique, je vois quotidiennement la différence. C'est un facteur important dans l'amélioration de la qualité du geste.
Cela ne signifie pas qu'il faille opérer toutes les patientes en robotique : cette option reste réservée aux formes les plus complexes.
Par ailleurs, notre approche chirurgicale a évolué. Nous sommes passés d'une stratégie interventionniste précoce à une approche plus conservatrice. Aujourd'hui, nous n'opérons plus systématiquement dès qu'un diagnostic est posé, mais évaluons s’il faut vraiment opérer et si oui, quel serait le meilleur moment.
Malgré ces avancées, quels défis restent à relever dans la prise en charge de l'endométriose ?
L'aspect psychologique reste le parent pauvre dans l’accompagnement des patientes atteintes d’endométriose. Nous manquons de psychologues et de psychiatres formés à cette pathologie. Or, les patientes ont besoin de praticiens qui connaissent la pathologie.
D'autres disciplines apportent une aide précieuse : la kinésithérapie et l'ostéopathie, particulièrement en post-opératoire, mais aussi le yoga, les Pilates ou les sports d'endurance comme la course, la natation et le vélo. Ces activités libèrent des endorphines, améliorent le sommeil et le bien-être général. Le défi reste que les femmes terrassées par la douleur peinent souvent à pratiquer une activité physique, d'où l'importance d'un accompagnement global et adapté à chacune.
Par ailleurs, pour les plus jeunes, le milieu scolaire n'est pas toujours évident. Il stigmatise ou sanctionne parfois. Il faut sensibiliser les professeurs et le personnel scolaire pour que ces jeunes femmes ne subissent pas de maladresse ou d'incompréhension supplémentaire.
De l'innovation diagnostique à la chirurgie de pointe, en passant par un accompagnement pluridisciplinaire, la prise en charge de l'endométriose connaît une transformation profonde. Ces avancées convergent vers un même objectif : réduire l'errance diagnostique et offrir aux femmes concernées une meilleure qualité de vie. Si les progrès technologiques sont essentiels, l'enjeu reste humain : former davantage de soignants, sensibiliser l'ensemble de la société et construire des parcours de soins qui considèrent chaque patiente dans sa globalité. L'Hôpital Privé d'Antony s'inscrit dans cette dynamique, en participant activement à l'expérimentation nationale et en développant des dispositifs innovants pour que chaque femme atteinte d'endométriose trouve un lieu d'écoute et de solutions adaptées.
1. Ameli.fr
4. Vidal